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On dit que le silence est d'or, mais après dix jours de coma, le silence a surtout un goût de métal et de désinfectant.
Quand mes paupières ont fini par accepter de se soulever - une manœuvre qui m'a semblé aussi complexe que de soulever le tapis de l'Atomium - je n'ai pas vu d'anges, ni de tunnel de lumière. J'ai vu un plafond blanc, très blanc, et un néon qui grésillait avec une régularité agaçante.
Où suis-je ?
Mon cerveau, ce vieux compagnon qui avait décidé de prendre des vacances sans prévenir, tentait de relancer la machine. C'était comme un vieil ordinateur des années 90 : ça rame, ça fait des bruits bizarres, et l'écran reste figé sur "Chargement en cours".
- Monsieur ? Vous nous entendez, pouvez-vous voir mon doigt, sentez-vous quelque chose sur la peau...?
Une voix. Douce, mais ferme. Une infirmière de l'hôpital Brugmann me surplombait. Dans mon esprit embrumé, une question existentielle a surgi, bien plus urgente que de savoir si j'étais en vie :
Est-ce que j'ai manqué le match final de la CAN ? Et surtout, pourquoi est-ce que je porte une chemise de nuit qui s'attache dans le dos et qui laisse passer des courants d'air suspects ?
C'est là que le côté didactique de l'expérience vous saute au visage : on ne se réveille pas comme dans les films, frais et dispos, prêt à résoudre une enquête criminelle. Le réveil après un coma, c'est une négociation diplomatique avec chaque membre de son corps.
Cher bras gauche, serais-tu d'accord pour bouger de trois centimètres ? Non ? Très bien, on en reparlera après la sieste.
Dix jours. On m'a annoncé que j'avais "dormi" dix jours.
Dix jours où le monde a continué de tourner, où les frites ont doré dans les cuves de la Place de Brouckère, où mes proches ont usé les chaises de la salle d'attente, alors que moi, Mwadiamvita Dido Mulumba, j'avais simplement appuyé sur le bouton "Pause".
Pourquoi suis-je revenu ? Pourquoi maintenant ?
L'épilepsie m'avait jeté à terre à 54 ans, l'AVC avait tenté de me garder au tapis, mais mon horloge interne en avait décidé autrement. À Brugmann, dans ce décor clinique, j'ai compris une chose fondamentale : le cerveau est une forteresse mystérieuse. On peut en perdre les clés pendant dix jours, mais quand on finit par forcer la serrure, la vue sur la vie est bien plus belle qu'avant.
J'étais vivant. À moitié nu dans une blouse en papier, incapable de tenir une cuillère, mais vivant. Et à cet instant précis, entre deux bips de machines, j'ai pris ma première grande décision de "revenant" : désormais, je n'allais plus jamais regarder le Ciel sans lui dire merci.
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