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La poésie de Takuboku est toute de violence contenue. Dans la douceur raffinée de paysages qui évoquent la grande tradition du haïku, voici qu'apparaissent les symboles de la société industrielle : « Écrasé / dans ce coin du train bondé / Chaque soir je m'attendris sur moi-même ». Ou bien cet autre poème de la dépression moderne : « N'existe-t-il pas / ce médicament vert pâle / Qui rendra mon corps transparent comme l'eau ».Dans la profonde compassion envers toute vie, héritée de la spiritualité bouddhiste, voici soudain qu'on entend le cri de révolte contre la misère à laquelle la société moderne réduit les hommes : « Quand il parlait / je ne voyais que la tête d'une bête / Ouvrant et refermant sa gueule ». Ou bien ce sentiment d'exil dans des temps d'agitation et d'argent : « Soudain cette idée m'est venue / Serais-je le seul à connaître des mots / que personne n'emploie plus ». Et encore : « Comme les joues brûlantes contre la neige / doucement amoncelée / J'aimerais aimer ».Dans la beauté de la convention littéraire reçue d'une tradition immémoriale, voici soudain l'absurde, la dissonance, la rupture voulue comme un rejet de la poésie même, qui n'est au bout du compte, peut-être, qu'un « jouet triste » : « Allongé dans l'herbe sans penser à rien / sur mon front / La fiente d'un oiseau qui s'ébat dans le ciel ». Ou bien encore, parmi tant d'autres signes d'une joie dérisoire et comme déjà condamnée : « Monté au sommet d'une haute montagne / j'ai agité mon chapeau sans raison / Et je suis redescendu ».
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